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Le Japon et Madagascar, une coopération exemplaire ?

Lun. 26 novembre 2018
En 1960, date de la grande vague des indépendances africaines, les nouveaux Etats méconnaissaient le Japon, première économie émergente d’Asie. Le nouveau modèle en vogue provenait plutôt de l’ex-Union soviétique (URSS), de la Chine populaire et des pays non alignés. La succession des crises africaines dans les années quatre-vingt a entrainé l’émergence du « consensus de Washington » à l’initiative des deux institutions de Bretton Woods le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.
La chute du mur de Berlin a fait bouger les lignes et modifier considérablement les relations bilatérales des pays en développement avec leurs partenaires historiques. La Grande Île n’a pas été en reste avec les deux supers puissances asiatiques : la Chine et le Japon.

Outre d’être deux pays insulaires et de tradition rizicole, le Japon et Madagascar ont à bien des égards des similitudes contemporaines de l’ère Edo et de l’hégémonie Merina (XVIIème et XVIIIème siècles). A cette époque, l’archipel nippon et la Grande Île sont tous deux des systèmes féodaux divisés en fiefs administrés respectivement par des daimyôs japonais et des hovas malgaches (nobles) qui se livraient des guerres de pouvoir permanentes.

La seconde partie du XIXème siècle voit l’avènement de l’ère Meiji au Japon et l’arrivée des puissances coloniales britannique puis française à Madagascar. C’est à cette période que les deux pays sont unifiés et entrés de plein pied dans la modernité. A cette même époque, l’Empire et le Royaume sont régis par des coutumes et des règlements stricts visant à promouvoir la stabilité politique et entretenir le sentiment nationaliste. C’est là que s’arrête les homologies.

Au sortir de la seconde guerre mondiale l’Empire du Soleil Levant émerge rapidement et devient membre du club du G 7, tandis que la Grande Île s’enfonce inexorablement dans la pauvreté dès son indépendance.

Dès 1954, le Japon met en place des politiques de coopération guidées autour d’une philosophie spécifique du développement africain :
Favoriser le self-help, aider les pays à faire plutôt que faire pour eux, l’appropriation par l’Afrique (Africaownership)
S’associer autant que faire se peut aux organisations internationales (ONU, PNUD, OUA puis UA, Banque Mondiale, etc.)
Etablir des partenariats avec des coopérations nationales, Etats-Unis, Royaume Uni, France, Corée du Sud, etc...

Le partenariat international (International partnership) est décliné par des rencontres qui se tiennent tous les cinq ans alternativement au Japon puis dans un pays africain, d’abord axées sur les questions de développement, d’agriculture, de santé, puis élargies aux domaines du commerce, des investissements, de la sécurité, de la résilience, et de l’environnement.

La politique de coopération économique et de développement japonaise est mise en œuvre via le triptyque :

La TICAD, Tokyo International Conférence on AfricanDevelopment, est la structure faîtière de la politique africaine du Japon. Au début des années 90, l’Afrique subit un relatif déclassement stratégique de ses partenaires occidentaux se détournant du continent africain très endetté pour participer au développement de l’Europe de l’Est au lendemain de la fin de la tutelle soviétique sur ces pays ; parallèlement, les partenaires traditionnels sont attirés par les lumières asiatiques, et l’hyper croissance chinoise. C’est là que le Japon intervient massivement.

La JICA, Japan International Cooperation Agency, réunit des organismes opérant dans différents domaines (coopération technique, immigration, envois de volontaires, coopération agricole, etc.). Cette institution a vu son rôle renforcé à la création en 2008 de la New JICA, qui regroupe l’ancienne JICA et les activités de prêt de la JBIC ainsi qu’une cogestion des dons avec le ministère des Affaires étrangères.

JBIC, Japan Bank for International Cooperation.

Les interventions de la coopération japonaise à Madagascar se concentrent essentiellement dans les domaines de la santé (coopération tripartite avec l’Union des Comores), l’éducation, l’agriculture, la pêche, la protection de la biodiversité, le secteur minier, la prévention des aléas climatiques, et depuis 2017 massivement dans le secteur des infrastructures. Elle s’effectue sous forme de dons, de prêts à taux d’intérêt concessionnels et d’assistance technique.

Le 23 février 2017, la JICA a accordé un prêt de 411 M$, remboursable sur 40 ans, à un taux de 0,01 %, en plus des 228 M$ apportés par la partie malgache dont 8 par la SPAT (Société du port autonome de Tamatave), soit 65% financés par l’Etat japonais et 35% assurés par l’Etat malgache. Les travaux de modernisation et de développement du port ont débuté en avril 2018.

Cette infrastructure est vitale, non seulement à l’économie malgache, mais à son potentiel dans la sous-région. En effet, ce sont 90% des trafics internationaux de marchandises à Madagascar qui transitent par le port de Tamatave. Ce chantier comprend :
L’extension des quais à containers et le renforcement des aires des bateaux vraquiers pour l’enlèvement du cobalt et du nickel raffinés par le terminal minier du groupe canadien Sherritt International, racheté par le japonais Sumitomo Coporation en juin 2017
La mise en place de 10 ha de terre-plein pour l’entreposage de containers
Le prolongement du brise-lames et la consolidation des digues de protection.

A terme, ce port deviendra le plus grand port à containers de l’Océan Indien de l’hémisphère austral avec une capacité de traitement annuel d’un million de containers, devant les ports mauricien de Port-Louis, réunionnais de la Pointe des Galets et sud-africain de Durban.

C’est le plus important effort financier jamais consenti pour un projet par le Japon à Madagascar. D’ailleurs, ce projet fait de la JICA, le premier bailleur bilatéral de Madagascar, en termes de financements. Depuis 40 ans, la JICA a déboursé 300 M$ affectés à des projets d’infrastructures pour lesquels le groupe japonais Daiho Corporation est intervenu pour :
La construction du boulevard de Tokyo et la rénovation de l’avenue de l’Indépendance dans la capitale
Le by-pass reliant la RN7 et la RN2 à la périphérie d’Antananarivo
La construction et l’extension du port d’Ehoala (Fort Dauphin) pour le compte du consortium minier QMM - Rio Tinto
La construction du tarmac de l’aéroport international d’Ivato...

Les Japonais veulent intensifier davantage leurs actions, aussi bien au niveau du secteur public que du secteur privé, à travers des PPP. En juin dernier, des responsables de grandes entreprises japonaises, installées en Afrique du Sud, ont effectué des missions organisées par le JETRO, Japan External Trade Organization, pour examiner les modalités de délocalisation et d’extension de leurs activités dans la Grande Île en raison de ses coûts de facteurs compétitifs (excepté l’énergie) et de la création des ZES (zones économiques spéciales) de Tamatave, Fort Dauphin, Diego Suarez, Tuléar, Majunga et Morondava.

Le Japon et Madagascar œuvrent donc pour une convergence de leurs intérêts en matière de développement économique, de sécurité et de protection environnementale, qu’ils soient liés à l’environnement géostratégique de la région indo-océanique ou même au maintien de la paix en Afrique australe. En effet, le Japon tente de faire contrepoids à l’hégémonie de la Chine sur le continent africain, qui est également un partenaire important de Madagascar, et contribuer à la sécurisation de sa route maritime qui passe à l’Est du continent africain, vitale pour l’archipel nippon présent dans le port de Djibouti concurremment aux Chinois.

La prochaine conférence des bailleurs et des investisseurs pour Madagascar permettra de mesurer l’intérêt des pays asiatiques, en particulier du Japon, pour ce pays à la confluence de l’Asie et de l’Afrique.



Daniel Joannes - 26 novembre 2018

 

 

 

 

 

 

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