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Ces nouveaux mots qui font la Tunisie

Hedia Baraket et Olfa Belhassine
Jeu. 30 juin 2016


Au terme d’une longue enquête et d’interviews avec plus de soixante-dix anthropologues, juristes, historiens, islamologues, linguistes, philosophes, politologues, psychanalystes, sociologues, les auteurs nous livrent une grille de lecture du « printemps tunisien ». Le décryptage est réalisé avec plus de soixante concepts, expressions, mots, notions ou slogans. Les Tunisiens ayant vulgarisé le slogan « Dégage », ce travail est fondamental pour comprendre la révolution engagée avec la fuite du Président Ben Ali.

Al-Cha’b yourîd isqât al nidhâm, le peuple veut la chute du régime. ‘Adâla intiqâliya, justice transitionnelle. ‘Afou tachrî’î ‘am, amnistie générale. Ammar 404, caricature inventée par les blogueurs tunisiens à la suite de l’interdiction du « Big brother » tunisien. Al-thawra, la révolution. At-tachghîl istihqâq yâ ‘isâbat assurrâq !, l’emploi est un droit, bande de voleurs. Azlâm, hommes de l’ancien régime.

Ben Ali h’rab, Ben Ali s’est enfui. Cet épisode est présenté de manière précise, factuelle. Restent les nombreuses questions sur les rôles des principaux responsables comme Ali Sériati, directeur général de la sécurité présidentielle, ou le général Rachid Ammar, chef d’état-major de l’armée de terre.

Boulis Siyâsi, police politique. Charî’a, droit musulman, à ne pas confondre avec Char’iya, légalité, légitimité.

Chahîd, martyr. Les auteurs expliquent comment la Tunisie est devenu un vivier pour candidats à la guerre sainte sous l’égide de l’Etat islamique.

Choghl, horriya, karâma wataniya, travail, liberté, dignité nationale. Dawla ‘amîqa, l’état profond.

Dégage, le fameux slogan qui a rendu célèbre la révolution tunisienne.

Harga, brûlure, migration clandestine. Hay’a ‘oulyâ, haute instance. Haybat ad-dawla, prestige et autorité de l’Etat. Himâr watani, âne national. Himâyat al-thawra (rawâbit), ligues de protection de la révolution. Hiwâr watanî, dialogue national. Hizb wasatî, parti centriste. Hodna, trêve. Horriya, liberté. Houmani, « l’un des rares néologismes de la transition ». Hourriyat al-dhamîr, liberté de conscience. Houthâla francofoniya, résidus de la francophonie. 

Houwiya, identité. Elle va être au cœur des débats de l’article 1er de la constitution. 

Hyâd, neutralité. Ightiyâl siyâsî, assassinat politique, et notamment celui de Chokri Belaïd, secrétaire général du parti des démocrates patriotes, Watad. L’Lâm al-‘âr, médias de la honte. L’tisâm, sit-in, et plus particulièrement l’tisâm arrahîl, sit-in du départ. ‘Ilmâniya, laïcité. Infilât, dérapage. Intiqâl Dîmouqrâti, transition démocratique. Irhâb, terrorisme. Islâm siyâsî, islam politique. Istiqtâb thounâ’î, bipolarisation. Jihad, guerre sainte…La liste n’est pas achevée avec cette énumération.

Tous ces mots permettent de mieux cerner la révolution tunisienne, d’appréhender tous les aspects de ce mouvement. La démarche des auteurs est intéressante, passionnante. En effet comment comprendre une révolution qui n’a pas de leaders à présenter, qui ne s’est pas créer de chefs en quatre ans. La révolution française est celle de la classe bourgeoise qui refuse de continuer d’entretenir l’aristocratie et veut avoir un pouvoir politique à la mesure de sa puissance financière. La révolution russe est la prise de pouvoir d’un petit groupe de personnes, 3 000 au total, soudés et déterminés qui vont renverse un pouvoir à bout de souffle. La révolution chinoise est celle des paysans qui se rallient à Mao Tse Toung au cours de « la longue marche ». Partie d’Ispahan, la révolution chinoise est celle de l’urbanisation débridée…La révolution tunisienne sera celle des réseaux sociaux, de l’internet, d’une armée d’anonymes partis à l’assaut d’un régime corrompu et prédateur.

« Tel une boite de Pandorre, le 14 janvier 2011 libère, dans l’espace public, des mots, encore des mots, toujours des mots… » Heureusement que les Tunisiens en sont restés aux mots, et n’ont pas pris les armes, à la différence des Libyens, Syriens ou Yéménites. La qualité de ce livre à lire pour comprendre les quatre dernières années tunisiennes pourrait conduire à qualifier ce mouvement de « révolution des mots » ! 330 pages qui se lisent d’un trait !



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