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FRANCAFRIQUE

Pascal AIRAULT et Jean-Pierre BAT
Mer. 06 juillet 2016

Créé en 1960 par le Président ivoirien M. Félix Houphouët-Boigny (FHB), la Françafrique est un système de pouvoirs mis en place au lendemain des indépendances des colonies françaises d’Afrique pour préserver les intérêts du « pré carré » français en Afrique sub-saharienne.

 

Le personnage central du livre est M. Jacques Foccart, secrétaire général de la Communauté France Afrique (CFA), et certains présidents clé comme FHB ou Omar Bongo.

 

De nombreuses informations sont tirées des documents du fonds de M. Jacques Foccart, « Monsieur Afrique » du Général de Gaulle, conservés aux Archives nationales rendus librement communicables.

 

On peut s’étonner de voir un chapitre consacré au détournement le 22 octobre 1956 de l’avion transportant de Rabat à Tunis cinq des neuf chefs fondateurs historiques du Front de libération nationale de l’Algérie (FLN), dont Ahmed Ben Bella. Il est clair qu’il s’agit des services secrets français, voire de certains membres d’officines. Mais, en quoi cela relève-t-il de la Françafrique ?

 

Il y a des développements intéressants sur les conditions de l’accession à l’indépendance des colonies d’Afrique sub-saharienne, la loi cadre de 1956 élaborée par M. Pierre Messmer, directeur de cabinet de M. Gaston Defferre, sur les débats entre le Rassemblement démocratique africain (RDA) dirigé par M. FHB et le Parti du regroupement africain (PRA), la « querelle fédéraliste », entre les tenants d’une accession immédiate à l’indépendance pour chaque Etat et ceux favorables à la création d’une union fédérale, le référendum constitutionnel du 28 septembre 1958 créant la Cinquième République et la Communauté France-Afrique.

 

C’est dans ce contexte que se crée la Fédération du Mali regroupant quatre pays : le Dahomey, actuel bénin, la Haute Volta, actuel Burkina Faso, le Sénégal, et le Soudan, actuel Mali. Les manœuvres de FHB vont réduire la fédération à deux pays, le Sénégal et la Soudan. Par rapport à une accession gradualiste à l’indépendance préconisée par FHB, la fédération réclame une indépendance immédiate qui, après négociations, est prévue pour le 20 juin 1960. La description des opérations menées par les services français pour déstabiliser la Guinée Conakry qui a voté « non » au référendum, laissent entendre qu’ils sont à l’origine de l’explosion de la fédération quelques mois après sa création. Les auteurs indiquent que ce sont les tensions internes, et notamment la crise entre M. Modibo Keita et M. Mamadou Dia, qui en sont la cause.

 

Au fil des pages et des épisodes rapportés, on voit défiler des personnages qui étaient sur le devant de la scène mais également des hommes de l’ombre comme William Bechtel, jean Ambroise Colombani, Maurice Delauney, le comte de Marenches, Yves Jouhaud, René Journiac, Bob Maloubier, Jacques Mansion (que j’ai eu l’occasion de rencontrer en 1993), Maurice Robert Robert Roussillat…

 

Les méthodes sont nombreuses et variées : organisation de succession présidentielle comme celle du Président gabonais M. Léon M’ba, coups d’Etat, opérations de déstabilisation comme « Mar Verde » menée contre Sékou Touré en Guinée Conakry, assassinats politiques comme celui de l’opposant camerounais de M. Félix Moumié, du docteur Outel Bono, empoisonnement au thallium, recours à des call girls comme Liliane F…

 

Sont bien évidemment présentées les opérations de Bob Dénard aux Comores, mais le livre est silencieux sur ses tentatives de renversement de Kérékou au Bénin.

 

Un chapitre est consacré à la tentative de coup d’Etat du Roi Hassan II, un des piliers de la Françafrique. En revanche, rien sur « l’Affaire Ben Barka ».

 

Des développements sont consacrés aux relations tumultueuses avec la Lybie directement ou indirectement par le Tchad.

 

De même, un chapitre est consacré à Jean-Bedel Bokassa devenu Empereur avec la bénédiction française.

 

Certains épisodes laissent perplexe. Tel est le cas avec le départ du président tunisien Ben Ali. Aucun rapport avec la Françafrique ! A telle enseigne, les auteurs écrivent que « la France n’a rien vu venir ou n’a pas voulu croire à la transition. » Je peux témoigner de la réalité de cette appréciation. J’avais fait, courant décembre 2010 fait un déplacement en Tunisie. J’avais pu mesurer la lassitude des patrons tunisiens face aux nombreuses confiscations de la belle famille. Ils en parlaient avec une franchise inhabituelle. J’en tirais la conclusion que l’assise politique du Président était faible. Dès les premières manifestations et les premières exactions policières, j’avais acquis la conviction que cela se terminerait mal. Je n’ai réussi à convaincre personne. Avait prêté une oreille attentive à mon analyse le nouveau directeur général de l’Agence française de développement, M. Rémy Rioux. Même « si aucune preuve formelle n’atteste d’un complot américain », les auteurs distillent le doute et laissent planer la suspicion.

 

Le livre commence et finit par le renversement de M. Laurent Gbagbo. Les auteurs refusent de reconnaître qu’il a perdu les élections, et que les morts sont la conséquence de son obstination à refuser de passer la main. Les auteurs refusent d’admettre que l’intervention de la France s’est effectuée en application d’une résolution des Nations-Unis.

 

200 pages d’histoires, d’analyses sur les relations entre la France et ses anciennes colonies africaines. Il est regrettable que, mis à part les quelques pages consacrés à la dévaluation du franc CFA, ne soient pas évoquées les relations économiques et financières, comme le prêt de 400 MFRF de 1988 à la Côte d’Ivoire pour essayer de stabiliser les cours du cacao.

 

Dov ZERAH

Le 2 juin 2016


 

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