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LA FRANCE ET LES TOUAREGS

Paul ANSELIN
Mer. 20 juillet 2016

Le sous-titre du livre explicite l’objectif de l’auteur : « de la colonisation à la 3ème guerre mondiale ». Paul Anselin considère que pour comprendre ce qui se passe actuellement dans la bande sahélo-soudanais qui traverse l’Afrique, il faut connaître les populations qui y habitent ou se déplacent, et plus particulièrement les Touaregs.

Le livre commence ainsi avec l’expédition de René Caille, et de son entrée à Tombouctou en 1827. Le seul effet de cette épisode est qu’il va susciter l’intérêt de la métropole pour « les hommes aux yeux bleus », qui vivent sur un territoire de près de 2 millions de km² à cheval sur plusieurs pays : l’Algérie, la Lybie, le Mali, le Niger, et accessoirement le Burkina Faso. « La culture des Touaregs est celle des berbères. Le mot berbère dans leur langue signifie « homme libre », ou « rebelle ». Ils partagent le même alphabet, le tifinar, la même base linguistique, le tamachek. » Le lecteur a alors droit à une plongée dans ce monde touareg. Fantastique, envoûtant…On comprend la fascination de toute personne qui a approché les Touaregs !

Pour nous faire partager sa passion, Paul Anselin donne des détails sur la géographie, les cultures, les routes commerciales, les produits échangés, les mœurs, les pratiques religieuses, l’hygiène, les habitudes guerrières avec les rezzou, l’organisation sociale, les castes, les tribus et confédérations, les villes comme Agadez ou Tombouctou, les esclaves…Vous saurez tout sur les Touaregs ! La présentation est également historique puisque l’auteur rapporte certains événements importants des XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles.

Paul Anselin présente ensuite les années 1900-1920 de la conquête française. Cela commence avec la colonne Flatters qui, en partant de Ouargla, va essayer de faire les relevés topographiques pour le futur transsaharien. C’est l’échec ! Il faudra attendre une vingtaine d’années, et l’expédition Foureau-Lamy, financée par la société de géographie, qui traverse le Sahara sans heurts. En 1901, c’est Laperrine avec ses Compagnies Méharistes sahariennes qui vont entreprendre la pacification et le contrôle. Ils s’effectuent selon deux pénétrantes, une à partir du Sénégal, une partant du sud algérien. Apparaissent des personnages aussi extraordinaires que le chef Mohammed Ag Hadj Otsmane, la célèbre chanteuse et joueuse d’Imzad Dassine, la « personnalité attachante » du colonel Archinard, le lieutenant de vaisseau Boiteux, Ahmadou, Samoury, Firhoun dont les exploits au combat vont nourrir la légende, le père Charles de Foucault…Lorsque Lapérrine retourne sur place en 1917, il a le projet « de créer un royaume touareg au centre du Sahara ». Paul Anselin considère que « cette création aurait sans doute évité les révoltes touarègues à partir des années 60 et les problèmes actuels ».

Suivent 40 ans de paix, « la paix française », nonobstant une faible présence française, ce qui donne aux Touaregs le sentiment d’être « chez eux ». En 1957, une loi portée par le ministre d’Etat chargé des affaires sahariennes, le futur Président de la Côte d’Ivoire Houphouët Boigny, institue l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS), couvrant quatre millions de km² des parties sahariennes de l’Algérie, le nord du Mali , une partie du Niger, et d’Ouest en Est, de la Mauritanie aux confins du Tchad…Un projet Laperrine « bis » avec un objectif nouveau, protéger le pétrole saharien. Le projet est quasiment mort-né sous la double opposition des partisans de l’Algérie française qui l’interprète comme le début du processus d’indépendance, et des « élites de Bamako et Niamey » L’échec va créer l’insatisfaction touarègue, et le flou des frontières de la colonisation va maintenir l’instabilité…

Puis arrive le temps des indépendances, et du retrait de la France. Les Touaregs sont confrontés aux nouveaux pouvoirs locaux, et cela donne deux révoltes de 1985 et de 2007 au Niger, et les rébellions à répétition au Mali, l’installation d’Al Qaeda du Maghreb islamique (AQMI), les compromissions des autorités locales avec les trafiquants liés aux radicaux…Il faut saluer la capacité de l’auteur à présenter clairement en quelques pages des sujets compliqués, comme le personnage d’Ibrahim Ag Bahanga.

Et puis, c’est le retour de la France avec l’opération militaire Serval. Paul Anselin fait une présentation précise du rezzou réussi par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), de la situation dans chaque pays, les différents mouvements terroristes, de l’application de la Charia au Nord-Mali, les succès militaires, les revers…Paul Anselin ne fait l’impasse sur aucun sujet !

Au-delà de l’intervention militaire, l’auteur explicite les voies pour la paix : les difficultés de relation entre Bamako et les Touaregs, la médiation algérienne, la relève de l’armée française, la mise en place de la MINUSMA, la transformation de Serval en Barkhane, le retour des djihadistes…

En guise de conclusion, Paul Anselin essaie de démontrer qu’au Sahel couve le risque de troisième guerre mondiale, et que les Touaregs sont au centre de ce décor.

Un livre de près de 400 pages, très documenté, à lire si on veut essayer de comprendre ce qui se passe dans la bande sahélo-soudanaise.

 

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