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Le temps des décisions 2008-2013

HILARY CLINTON
Dim. 29 juin 2014

Hilary Clinton vient de publier un livre au nom prometteur « le temps des décisions ».

Il ne s’agit pas de mémoires. Mises à part quelques allusions par ci par là, Hilary Clinton n’évoque ni sa famille, ni sa jeunesse, ni son parcours universitaire ou professionnel, ni ses huit ans de première dame aux côtés de Bill Clinton.

Ce livre passionnant porte sur les quatre années passées au Département d’Etat, sur les différents sujets et problématiques de la politique étrangère américaine.

Le récit commence principalement par la victoire de Barack Obama aux primaires, au ralliement d’Hilary Clinton et à sa contribution à la victoire de Barack Obama. Selon le récit, le ralliement n’a fait l’objet d’aucune négociation, et Hilary nous raconte avec moult détails ses hésitations à accepter la proposition du poste de Secrétaire d’Etat. On apprend comment se constitue « une équipe de rivaux », et le parallèle est fait avec Abraham Lincoln et son compétiteur William Henry Seward qui sera aussi, après les primaires et la victoire, son Secrétaire d’Etat.

Ensuite, Hilary Clinton nous explique la période de transition entre le vote du 4 novembre et l’installation le 20 janvier. On découvre le ministère américain des Affaires étrangères, ses 70 000 agents, les défis auxquels le pays est confronté avec cette guerre interminable en Afghanistan, l’enlisement en Irak, la crise économique et financière du siècle à la suite de la faillite de Lehmann Brothers…Ce qui est le plus extraordinaire, c’est la collaboration entre l’administration Bush sortante et celle arrivant, entre Condolezza Rice et sa successeure. Le livre donne de nombreux exemples de cette démocratie américaine respectueuse de l’adversaire et du sort des urnes, dans une démarche patriotique qui force l’admiration.

La principale préoccupation d’Hilary Clinton est de trouver les voies et moyens pour enrayer le déclin annoncé des Etats-Unis, et leur redonner le leadership. On a un panorama de tous les moments cruciaux de l’histoire américaine, et aux solutions trouvées à chaque fois.

Cela donne à des développements sur le recours au smart power, par opposition au hard power et au soft power.

Après le livre enchaine les grands sujets internationaux. Le rapport de forces oblige l’auteure à commencer par l’Asie et la Chine premier pays qu’elle visite. Elle va ensuite s’arrêter sur les évolutions en Birmanie, et ses relations personnelles avec Aung San Suu Kyi.

Les débats et décisions sur la guerre sont détaillés par une description de la situation en Afghanistan et au Pakistan dans trois chapitres. Mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’est point question de l’Irak ! Consacrer un chapitre à un dissident chinois, un autre à « la dame et les généraux » en Birmanie, est intéressant, mais cela n’explique pas pour autant l’absence de chapitre sur l’Irak.

L’Europe, délaissée par l’administration Obama au profit de l’Asie, le renouveau russe, l’Amérique latine et l’Afrique sub-saharienne sont passés en revue de manière très consciencieuse.

Le titre du chapitre consacré à l’Afrique sub-saharienne « les armes ou le développement ? » ne correspond pas au contenu, même s’il débute par une interrogation qui l’explicite « l’avenir de l’Afrique sera-t-il davantage caractérisé par les armes et la corruption, ou par le développement et la bonne gouvernance ? ». Elle procède à une sévère dénonciation des conditions d’intervention des Chinois en Afrique qui ne s’embarrasseraient d’aucun scrupule ou précaution pour récupérer des matières premières.

Au fur et à mesure des pages, elle critique la corruption dont le coût serait de 150 Mds$, et qui freinerait l’investissement étranger et donc la croissance économique. Elle considère que la démocratie a été en recul en Afrique de 2005 à 2012. Hilary Clinton nous livre un discours théorique dans lequel les entreprises et autorités américaines n’auraient aucune responsabilité, et ne propose aucune solution, aucune action internationale.

Elle présente la situation de plusieurs pays : Sénégal, Libéria, Kenya,

Le Botswana constitue pour Hilary Clinton un modèle de développement depuis son indépendance en 1966 ; cet épisode lui permet de raconter l’histoire des 40 chèvres et 20 vaches proposées par Zakaria pour épouser Chelsea, la fille d’Hilary et Bill.

Au Congo-Kinshasa, elle va défendre la cause des femmes victimes de violences sexuelles. Par moments, elle donne l’impression d’être la représentante d’une ONG, sans les pouvoirs et capacités d’action de la Secrétaire d’Etat de la première puissance mondiale. Même si cette cause a toutes ses justifications, on attendait des développements sur la situation de ce pays avec ses voisins.

Pour le Sud Soudan, elle décrit la situation comme si elle était journaliste, et non actrice…En revanche, pour la Somalie, elle explique comment tous les services américains ont barré la route des Shebabs proches d’Al-Quaïda.

Ses analyses du sous-développement africain sont un peu courtes. Pour Hilary Clinton, la production agricole est insuffisante est faible à cause des manques de routes et d’infrastructures, ou de mauvaises pratiques culturales, mais elle ne fait nullement des effets destructeurs du farm bill avec ses milliards de subventions qui ont failli tuer le coton africain.

Hilary Clinton n’aborde pas la situation de l’Afrique francophone, ni de la crise ivoirienne, ni de celle malienne. Elle ne fait pas de commentaire sur ce ventre creux de l’Afrique que constitue le Sahara, en proie à tous les trafics et terroristes. Par ces manques, elle donne l’impression de ne se préoccuper que de l’Afrique anglophone. En revanche le chapitre se termine sur son action contre le sida, et sa relation avec Nelson Mandela.

De longs développements sont consacrés « au chemin rocailleux de la paix » au Proche-Orient, aux printemps arabes, « aux mesures nécessaires » pour la Lybie, à la situation inextricable en Syrie. Des présentations claires équilibrées, et Hilary Clinton s’attache à démontrer les dilemmes auxquels est confrontée la politique étrangère américaine.

On apprend comment Barack Obama a fait patienter une heure Bibi Netanyahou avant de le recevoir dans le bureau ovale. Considérant que la paix sera basée sur les « paramètres Clinton » énoncés par Bill Clinton en décembre 2000 après les discussions de Camp David, Hilary Clinton juge très sévèrement Arafat et considère qu’il porte une responsabilité historique.

Elle nous donne une leçon de réalisme politique en qualifiant le succès du Hamas aux élections de la façon suivante : « l’issue d’un scrutin nous rappelait qu’une authentique démocratie ne se limite pas à une victoire électorale… »

Elle n’hésite pas à rappeler la phrase de George Mitchell, nommé par le Président Obama envoyé spécial pour le Proche Orient. Réalisateur de la paix en Irlande du Nord alors que George Mitchell rappelait qu’il y avait eu huit siècles de conflits, un vieux railleur lui avait rétorqué « une querelle si récente, rien d’étonnant à ce que vous l’ayez réglée ! ». Inquiétant !

Des chapitres sur la Lybie et la Syrie, je retiendrai le débat entre Hilary Clinton et son homologue russe Serguei Lavrov sur la zone d’exclusion aérienne et la critique russe sur le non-respect de la résolution onusienne avec l’intervention de troupes au sol. Hilary Clinton considère que dans le langage onusien l’expression « mesures nécessaires » est claire et peut justifier des troupes au sol. Les Russes n’en démordront pas et s’en serviront pour justifier leur véto sur le dossier syrien.

Tout un chapitre est consacré au nucléaire iranien, et on prend connaissance de nombreux faits sur les conditions dans lesquelles s’est noué entre les deux pays le dialogue qui devrait permettre d’aboutir à un accord, tant est forte la volonté américaine de conclure.

Ce tour du monde se termine avec une projection sur l’avenir avec le changement climatique, les problématiques énergétiques, les droits de l’homme, la diplomatie numérique et le réseautage, le smart power.

Il est difficile de retracer en deux pages un livre qui en comporte sept cents, un livre truffé d’anecdotes, de descriptions des grands de ce monde, de petites histoires qui font la grande…

Ce livre constitue indiscutablement le point de départ de la campagne d’Hilary Clinton pour les primaires en vue de la campagne présidentielle de 2016. Un livre de vacances à lire pour essayer de mieux connaître et comprendre celle qui a de grandes chances de devenir la première femme présidente des Etats-Unis, pour avoir une compréhension des grands sujets de notre monde.

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