Langues:
Rejoignez-nous sur :
Se connecter S'inscrire Nous contacter Qui sommes-nous ? Nos mécènes
Accueil Le coin des livres LES MULTINATIONALES EMERGENTES

LES MULTINATIONALES EMERGENTES

Georges NURDIN et Soraya DJERMOUN
Mer. 20 juillet 2016

Un livre passionnant sur le monde qui bouge, sur la mondialisation, sur les pays émergents, sur la nouvelle géopolitique. Ecrit à deux mains, en deux langues, français et anglais, ce livre présente la redistribution des cartes en cours entre les anciennes puissances et celles émergentes, la géoécomie naissante. En ce début de XXIème siècle le monde change totalement de paradigme avec le déplacement du centre de gravité vers l’Asie avec l’émergence de nouveaux pays, de nouvelles puissances.

Alors qu’au « milieu des années 1970 : des armées communistes s’emparent de Pnom Penh puis de Saigon, la marée rouge semble devoir submerger toute l’Asie. Pourtant, à la même époque, les émergences capitalistes s’enracinent sur le même continent. » Quel sacré clin d’œil de l’histoire !

Les auteurs font un bref historique des pays qui ont émergé au cours des deux précédents siècles, Allemagne, Etats-Unis, Japon, Russie, avec quelques oublis flagrants comme le Royaume-Uni et la France. Ils s’interrogent sur la possibilité de maintenir pour ces anciennes puissances de maintenir l’Etat providence alors qu’elles sont bousculées par les émergents qui souhaitent avoir « leur place au banquet des Nations » pour reprendre une expression de Thomas Robert MALTHUS.

Commence alors une analyse très intéressante de définition du concept d’« émergent ». « En novembre 2001, après la chute du mur de Berlin et les débuts de la mondialisation triomphante, mais également au lendemain des attentats du 11 septembre, Jim O’Neil, alors chef économiste de Goldman Sachs, publie une note dans laquelle il définit les nouveaux pays émergents…les BRIC…Ces pays ont suivi un même chemin dans la mondialisation : un rattrapage économique avec de faibles salaires, une monnaie sous-évaluée afin de soutenir les exportations et l’accumulation de réserves de change qui permettent, à terme, de financer les infrastructures. »

Pour comprendre le point de bascule d’un pays dans une situation d’« émergent », le « Lewis turning point » mis en évidence par le prix Nobel Arthur Lewis, le première analyse de Jim O’Neill présente les cinq critères caractéristiques : une population suffisamment nombreuse, supérieure à 100 millions d’habitants (ce qui a conduit à n’accepter l’Afrique du Sud avec ses 46 millions d’habitants que dans un second temps), une croissance économique durable oscillant autour de 5% l’an, une urbanisation importante ou fortement dynamique, le développement des infrastructures accompagnant le décollage économique, et la stabilité politique.

Les auteurs présentent les différents groupes de pays émergents, et la succession d’acronymes qui les a successivement caractérisés : BRIC, BRICS, « Next Eleven E7 », CIVETS, les BIICS, les BICIS, les BENIVIM…Ce travail exhaustif permet d’avoir une vue précise des différents pays émergents ou qui sont dans l’antichambre du point de bascule. Défilent les pays : le Bangla desh, l’Indonésie, le Kazakhstan la Malaisie, le Pakistan, le Vietnam…en Asie, la Colombie, le Mexique…en Amérique latine, l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Egypte…mais aussi de nombreux pays africains, l’Angola, la Côte d’Ivoire, l’Ethiopie, le Ghana, le Mozambique, le Nigéria…dans cette liste manquent certains pays comme la Turquie, le Kenya, et surtout le Maroc.

Les cinq critères de Jim 0’Neill peuvent s’apparenter aux cinq étapes de la croissance économique mises en évidence par Walt Whitman ROSTOW dans les années soixante, mais la comparaison s’arrête là. ROSTOW conduit un travail scientifique, économétrique sur longue période pour quatre pays (Royaume-Uni, France, Allemagne, Etats-Unis), qui lui permet des ratios caractéristiques de chacune des cinq étapes.

Même s’il permet de mieux comprendre le mouvement qui bouscule le vieux monde, l’approche de NURDIN et DJERMOUN est plus empirique et présente une faiblesse, les données macroéconomiques. Publié au troisième trimestre 2015, les statistiques retenus les auteurs datent de 2011, 2012, 2013, ou au mieux de 2014. Cette faiblesse va être particulièrement criante pour l’appréciation de la situation chinoise après la crise boursière de l’été 2015, et l’accentuation du ralentissement économique dans l’Empire du milieu, ou encore pour les performances de l’Inde qui peuvent lui permettre d’ambitionner de dépasser à plus ou moins brève échéance la Chine…

Les auteurs présentent les tentatives des émergents pour modifier la gouvernance mondiale :

-         La création du G20 en réponse à la crise de 2008-2009

-         La tentative ratée, pour cause de divisions, pour avoir la direction générale du FMI après la départ de Dominique STRAUSS-KAHN

-         Le succès de l’élection du brésilien Roberto AZEVEDO à la tête de l’OMC

-         La banque d’infrastructures

-         Le fonds des BRICS

-         La tentative de « créer un accord de libre-échange pour augmenter le pouvoir et la vois des économies émergentes dans l’économie mondiale » pour contrecarrer les projets américains de partenariat Trans pacifique avec 11 pays riverains de l’océan Pacifique, et de partenariat transatlantique avec l’union européenne. Cette perspective est intéressante. En effet, alors que les grandes puissances éprouvent le besoin de s’inscrire dans des grands ensembles pour affronter la mondialisation, seule l’Europe éprouve des velléités à négocier avec les Etats-Unis.

Mais, il manque une analyse des tentatives de la Chine et de la Russie visant à mettre en cause la suprématie du dollar, et momentanément ajournées avec leurs difficultés.

Les auteurs présentent de manière précise et détaillée les cinq pays membres du groupe des BRICS.

Mais, après une période de croissance continue, tous les modèles économiques des pays émergents connaissent un véritable essoufflement avec :

-         d’excessives réglementations alimentant des rentes et freinant l’investissement étranger

-         de la médiocrité du climat des affaires, et une vie publique régulièrement animée par des scandales de corruption

-         de l’insuffisance et de la mauvaise qualité de ses infrastructures

-         des inégalités sociales croissantes

Face aux limites des modèles des émergents, le doute s’est instauré au point qu’un économiste de Morgan Stanley a mis en évidence le groupe des « fragile five » : l’Afrique du Sud, le Brésil, l’Inde, l’Indonésie, et la Turquie vulnérables économiquement et financièrement : croissance faible, inflation élevée, déficits courants importants, exposition au risque de fuite de capitaux, et dépréciation de la monnaie nationale. Depuis la crise boursière de l’été, la Chine pourrait être ajoutée à cette liste.

Suit toute une partie sur la rivalité entre les Etats-Unis et les émergents articulée autour de thèmes comme : « désoccidentaliser Internet », la mise au point « d’un code de conduite international », Snowden, l’économie de la connaissance…

La partie du livre écrite en anglais est présentée comme une note anglo-saxonne, en treize points. Elle est très riche de renseignements et permet d’avoir une appréciation très précise des émergents, d’autant qu’elle apporte de nombreuses informations microéconomiques et sectoriels…une mine d’informations. Ce livre est un des premiers à donner des indications sur les multinationales émergentes ou sur les multinationales des émergents…et essaie de démontrer comment cinq siècles de suprématie occidentale est en train d’être remis en cause. Est notamment critiquée l’attitude de la plupart des multinationales occidentales qualifiée de « fatitude ».

Une des grands intérêts du livre tient dans les vingt-cinq pages consacrées à la présentation du modèle « N12 » qui, dans un cadre conceptuel robuste, offre une analyse multicritères permettant de mieux appréhender le concept de pays émergent.

Sont enfin présentés un certain nombre de groupes des pays émergents:

-         en Inde Apollo Tyres, Mahindra Group, Marico, Wipro

-         en Turquie Arçelik, Turkish Airlines Group

-         en Chine Chigo Group, Haier Group, The Lenovo Group

-         en Russie Mobile Telesystems

-         au Brésil Natura of Brazil

-         en algérie Cevital of Algeria

-         en Jordanie Aramex

-         de nombreux groupes saoudiens, des Emirats arabes unis, ou africains…

Un livre pour toute personne souhaitant comprendre comment notre monde est en train de basculer vers l’Asie, comment l’axe sud-sud se substitue à l’axe Nord-Nord, pour toute personne à la recherche d’informations sur les économies émergentes et leurs multinationales.

 

Dov ZERAH

Neuilly-sur-Seine

29 novembre 2015

 

Partagez avec vos amis :