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MALI, Ô MALI

Erik ORSENNA
Lun. 04 mai 2015

MALI, Ô MALIAprès plusieurs livres sur l’Afrique, et notamment le coton, Erik ORSENNA publie « MALI, Ô MALI », la campagne de Mme. Marguerite Bâ pour sauver le Mali. Née Dyuamasi, son ancêtre, elle est l’incarnation de l’Afrique éternelle.

Habitant Villiers-le-Bel (95 400), des amis et compagnons de mouvements associatifs lui offrent un billet pour elle et un de ses petits-fils pour Bama-ko, littéralement le marigot des caïmans. Pourquoi un tel geste ? Parce qu’elle s’est déjà distinguée dans de nombreux combats pour les immigrés, et qu’elle est «…de la race des Grandes Royales… »

L’aventure commence dans le vol, la bétaillère précise-t-elle, entre Paris et Bamako par une critique en bonne et due forme du prix du billet à 872 €, pour cause de concurrence insuffisante. Ensuite, elle rebaptise son petit-fils Michel en Ismaël. Après un court passage dans le football, il se perd dans des trafics de drogue, à cause de son âme damnée, Tiecouro, car chacun a la sienne. Il en sort pour devenir musicien avec un balafon. Mais, Mme. Bâ va en faire son secrétaire, son griot, « …un chasseur d’échos et de correspondances… ». Il va raconter et consigner son épopée.

Arrivés à l’aéroport, ils sont accueillis par une centaine de personnes qui guettent les bagages, et vont être déçus par leur taille insignifiante, signe qu’ils sont venus sans cadeau… mais également par le chauffeur d’un ministre, car au Mali, il est difficile de ne pas avoir un parent ministre, au cas particulier un neveu ! « Où s’arrête une famille en Afrique ? »

Mme. Bâ pose immédiatement le décor : « Qu’avez-vous fait du Mali ? …Et, de mon pays, il ne reste que la moitié. Malheureux, qu’avez-vous fait de notre nord ? » On comprend très vite que c’est une forte personnalité, à la dent dure, à la réplique facile, animée par l’amour de son pays natal. Obsédée par la démographie, cette jeunesse en quête de travail, elle est une farouche partisane de la contraception, et de la limitation à trois du nombre d’enfants d’un couple, au lieu des 6,7 en moyenne aujourd’hui. L’ancienne institutrice voue un véritable culte à l’éducation ;

Son programme pour le Mali tient en quatre points : « Un : l’école pour toutes les petites filles (les garçons, c’est moins grave)…Deux :…distribuons aux épouse des contraceptifs discrets…Trois : le flux de naissances s’apaisant, le pays pourra offrir des emplois, et donc des salaires, à tous les enfants. Quatre : pauvres trafiquants ! Plaignons les Djihadistes ! Ils n’auront plus aucun désespéré à prendre dans leurs filets. »

Ensuite, ils se retrouvent à la concession familiale où le chef Ibrahim héberge plus de cinquante personnes venues du Nord, et l’oblige, pour pouvoir les nourrir, à mendier tous les jours le riz, l’huile, le sucre.

C’est alors qu’elle va écouter tous ces réfugiés, l’histoire de chacun d’entre eux, et retient : « La Charia, c’est dur, mais on connait les règles. Les interdictions, les tarifs, les coups de bâton. Avant, avec les bandits sans religion, il n’y avait pas de règles, on avait plus souffert. » D’aucuns considèrent que le développement de l’économie de marché dans des économies aussi fragiles que celles du Mali a eu des effets déstructurant. Mais, nous avons droit aussi à la critique de l’intervention franco-britannique en Lybie, et à ses effets collatéraux sur toute la bande sahélo-soudanaise. N’échappe pas à la critique la propagation des démocraties consécutive au discours prononcé par le Président François MITTERRAND à la Baule, discours écrit par …Erik ORSENNA !

Il eût été utile d’avoir des considérations plus précises sur les relations entre le monde arabe et les pays sahéliens, la vente aux arabes de huit millions de noirs comme esclaves, l’arrivée de l’Islam dans ces pays, sa propagation récente…Tout a commencé « …lorsque Mahomet convertit son esclave Assé Bilali. Il en fera le premier muezzin. Et c’est lui l’ancêtre de la lignée des Keita, donc de l’Empereur Sunjata. »

Pour former son petit-fils à son rôle de griot, elle lui fait faire le pèlerinage au village de Kéla, situé dans la région où « Ismaël Sunjata Keita créa le premier empire du Mali…dicta le pacte sacré qui allait ordonner la société et donner à chaque clan sa tâche : les guerriers, les cordonniers, les marabouts, les griots… » On découvre que On reste sur notre faim quant à l’histoire du Mali, des Touaregs, de leurs révoltes de 1916, 1964, et 1990, la sécheresse de 1973, de 1985…

Le premier mari de Mme. Bä était cheminot. Aussi, au fur et à mesure de ses pérégrinations, elle retrouve les gares, les souvenirs. Puis, escale à Kati où se trouve le vrai pouvoir, puisqu’y logent les militaires mutins, ce qui donne lieu à une intéressante description du système militaire malien. Au Mali, comme dans pratiquement tous les pays africains, l’armée est composée de recrues membres des familles et tribus des chefs ; aussi, face au combat, ils sont exemptés, et seuls les enfants du peuple se retrouvent face au feu, ce qui explique la révolte de leurs mères et femmes, et le coup d’Etat mené par les officiers subalternes.

On a du mal à suivre Mme. Bâ dans sa quête, dans sa mission de Jeanne d’Arc malienne…jusqu’au moment où son neveu ministériel lui confie la tâche de participer à une mission des nations-Unies chargée d’inspecter les camps de réfugiés…et nous voici plongés dans cet univers de la solidarité internationale.

Un des moments les plus troublants est sa visite au Président intérimaire, dans le palais présidentiel, et l’inspection pour pouvoir déclarer à la presse que « …la drogue ne transite plus par Koulouba. » On comprend alors que le sahel est devenu le carrefour de tous les trafics, de la corruption, et du dépérissement des Etats.

Puis, nouvel intermède. Invitée à Dakar par son neveu préféré, Directeur d’Orange Sénégal, elle se rend à une manifestation pour fêter « le nouveau visage de l’Afrique ». Sa confiance dans le continent repose sur de nombreuses raisons : « Un : le soleil ; deux : l’espace ; trois : l’eau ; quatre et cinq : le sol et le sous-sol ; six, sept et huit : la vaillance de la population et son courage, son humanité, et je suis sûr que j’en oublie. L’Afrique a tout. »

A Dakar, elle rend visite au Président déchu Amadou Toumani Touré, le plus souvent appelé ATT. Pour avoir personnellement rendu visite au Président dans la villa malienne de Dakar, la description est fidèle.

Elle est ensuite sollicitée par des agents du renseignement français qui, malgré les drones, Rafale et tous les moyens modernes d’écoute…ont besoin des oreilles de Mme. Bâ, de ses rêves, de ses intuitions.

Et c’est la remontée du fleuve Niger, vers le Nord et Tombouctou. Mais, restons en là, n’allons pas plus loin, et je vous invite à poursuivre le voyage, à découvrir la diversité sahélienne, les Peuls, les Touaregs, les Arabes, les Songhaïs, les Maures…leurs langues… leurs coutumes…, à suivre le narrateur en lisant ce livre écrit dans un français d’immortel…même si au fur et à mesure des pages, Erik ORSENNA égrène le récit d’expressions idiomatiques africaines, comme « essencerie », « contagionne », « elles font chauffer la carte bleue »…de références à Amadou Hampâté Bâ, un des de Mme. Bâ, ou d’autre figures emblématiques de l’Afrique.

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