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Accueil Le coin des livres Ni vu ni connu

Ni vu ni connu

Jean-Yves OLLIVIER
Mer. 18 novembre 2015

Il y a quelques jours, à la recherche des dernières informations sur une chaine d’information en continu, je tombe sur une interview de Jean-Yves Ollivier présentant son livre « ni vu, ni connu ». C’était la première fois que je le revoyais depuis notre première et unique rencontre, il y a vingt ans. Son propos est si captivant que le lendemain je vais acheter son livre. Son livre est à l’image de ses commentaires à la télévision : passionnant…au point d’être lu d’une seule traite !

 

On y découvre un homme, une histoire, une épopée…une formidable saga, des portraits de présidents et responsables africains, mais également des épisodes fondateurs de l’histoire de l’Afrique australe…Quand un homme de l’ombre parle, quand un faiseur d’opérations se dévoile…on découvre les coulisses de la politique, les petites histoires de la Grande histoire, et même certains événements inconnus du grand public et qui vont permettre d’écrire l’Histoire !

 

Né à Alger en 1944 d’un mariage mixte entre une juive et un catholique, Jean-Yves Ollivier rapporte les principaux éléments de son adolescence : le cadeau de ses parents pour ses 9 ans, un tourne-disques qui va lui donner la passion de la musique classique…« son orientation sexuelle »…son inscription à 13 ans aux jeunesses communistes qui le conduisent à 16 ans à aller, sans prévenir ses parents, à Moscou, voyage qui va constituer « …une cure de désintoxication et une école de commerce. »…et surtout son engagement à 17 ans pour le maintien de l’Algérie dans le giron de la France au point de devenir, volens nolens, acteur ou complice d’actes de l’OAS, arrêté et en détention préventive pendant cinq mois.

 

Il explique comment il refuse d’aller aux épreuves du baccalauréat, et de stage en stage, il se spécialise dans le commerce des minerais sud-africains, de l’orge, des céréales, des hydrocarbures…A peine âgé de 22 ans , il commence à tisser son exceptionnel réseau de relations au plus haut niveau, et le lecteur découvre de très nombreux portraits, admirablement écrits sans aucune complaisance. Le lecteur découvrira de nombreux détails, précisions sur les responsables africains, une véritable galerie de portraits.

 

Mais, comme le million de « pieds noirs » obligés de quitter leur terre natale dans la précipitation en laissant tout derrière eux, Jean-Yves Ollivier va être marqué par ce drame. Ce que ce livre nous permet de découvrir, de comprendre, c’est qu’il est marqué au point de se consacrer dès 1985 à tout faire pour éviter qu’il ne se reproduise en Afrique du Sud.

 

Et nous allons découvrir les principales étapes de son combat, de sa longue marche en Afrique australe :


  • Pour aider le Président du RPR, dans la perspective du fameux débat du 27 octobre 1985 au cours duquel M. Jacques Chirac traite le Premier Ministre, M. Laurent Fabius de « roquet », il essaie d’obtenir la libération de M. Nelson Mandela, avec l’aide du Président ivoirien ;
  • En novembre 1986, la tentative avortée de faire venir à Paris, en pleine cohabitation, le Président sud-africain, PW Botha, en visite officielle à Paris ;
  • Le 7 septembre 1987, le formidable échange de prisonniers angolais, français, hollandais, namibiens, et sud-africain sur le tarmac de l’aéroport de Maputo ;
  • L’accord de Brazzaville de décembre 1988 ;
  • Ses contacts en 1989 avec les membres de l’instance Broederbond, un des piliers du pouvoir blanc sud-africain, qui vont lui présenter le futur Président Frederik de Klerk qui va mettre fin au régime de l’apartheid, et assurer la transition avec Nelson Mandela.

On y découvre ses premiers pas en Chiraquie, sa présentation de la communauté France-Afrique avant de donner son explication de sa transformation en « Françafric », ses développements sur les quatre piliers de cette communauté de destins : Jacques Foccart, le Roi Hassan II, le Président Houphouët Boigny et le Président Omar Bongo.

 

Sa fidélité à son ami Michel Roussin va se décliner par sa distanciation avec M. Jacques Chirac. Etant son propre patron, il n’hésitera pas à écrire « un mot d’adieu » au Président Omar Bongo, ou à refuser toute aide à M. Henri Konan Bédié, après son départ de Côte d’Ivoire.

 

A la fin de la première cohabitation, il entre en relations avec Jean-Christophe Mitterrand, conseiller de son père pour l’Afrique, et va pouvoir poursuivre certaines opérations engagées sous la cohabitation. Est passionnante la lecture de sa première rencontre avec le Président Sassou Nguesso, son périple pour aller à la rencontre d’Alfonso Dhlakama, leader de la Renamo, ou ses différentes tentatives pour remplacer Laurent Désiré Kabila…Trente ans d’histoires et d’histoire de l’Afrique, des Afriques.

 

Au-delà de la constante sud-africaine, ce livre nous tient en haleine, nous donne envie d’aller le plus vite possible jusqu’à la fin, fait parfois penser à la chanson « il court, il court le furet… », et on voit « le missi dominici en dehors du champ d’action traditionnel de la France sur le continent noir » en Centrafrique, en Chine, aux Comores, en Egypte, en Lybie, au Soudan, en Syrie…au gré de ses négociations « en matières premières politiques »…en 1985, sur le dossier des otages français au Liban, en 1993, en Chine populaire quand la France vend des frégates à Taïwan…

 

On voudrait comprendre comment il a créé ce formidable réseau, a réussi à avoir des amis dans des camps opposés, au point d’être qualifié par certains de « missi dominici multicartes ». On reste sur sa faim souvent, et on se dit qu’on en saura plus dans le prochain livre, mais on apprend un principe délivré par le président Houphouët Boigny « pour pénétrer un village africain, il faut être accompagné », ou la stratégie du « dung beetle », «  le scarabée du fumier ».

 

La base de son succès repose peut être sur l’importance de la parole donnée, vertu cardinale du monde des négociants en matières premières, ou dans la « division du travail » avec Jacques Foccart dont le « domaine exclusif…le monopole » est l’Afrique francophone, Jean-Yves Ollivier se consacrant à l’Afrique australe et anglophone.

 

Jean-Yves Ollivier explique sa stratégie de devenir administrateur de grandes sociétés publiques ou privées pour les aider à pénétrer certains pays et marchés, et raconte comment il obtient du Premier Ministre Jacques Chirac d’être nommé administrateur des Charbonnages de France.

 

Homme de réseau, négociateur né, money maker, Jean-Yves Ollivier apparait, au fil des pages, comme un homme de convictions, n’hésitant pas à critiquer sévèrement la Cour pénale internationale, certains organes de presse ou journalistes.

 

Ce livre de confidences, de révélations d’un homme d’influence mais toujours dans les coulisses à l’écart des lumières, est l’occasion de quelques rectifications, corrections, voire règlements de comptes avec certains écrits de journalistes, si prompts, sur tout sujet africain, à transformer des ragots en rumeurs. Il n’hésite pas à donner les détails de « l’unique circonstance » où il a été porteur de valise !

 

Que l’on partage ou non certaines prises de position, certaines démarches, ce livre, ce roman d’une vie, est truffé d’informations sur l’Afrique, qui seront dorénavant régulièrement reprises. Joueur de réussites, de patience, ou de solitaire, le lecteur a envie, à la fin de livre de dire à Jean-Yves Ollivier « rebelote » pour de nouvelles révélations sur ses aventures !

 

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