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Tunisie, la mémoire juive. film de Fatma Cherif

Fatma Cherif
Dim. 06 novembre 2016

Le film démarre sur l’origine du quartier juif de la Hara à Tunis. Ce film est dédié aux enfants de la Hara d’aujourd’hui « qui ne connaissent pas grand-chose de cette histoire juive, et dont ils sont pourtant les héritiers inconscients ».

On découvre ensuite la grande synagogue de Tunis construite dans les années trente sous la direction de l’architecte Victor Valensi, investie par les Allemands et brûlée le 5 juin 1967. Certains qui habitaient juste en face ont déclaré avoir vu des policiers fournir aux manifestants les bidons d’essence. On voit  la synagogue de la Marsa, ouverte régulièrement pour les touristes, celle de Tunis, de Sfax…On comprend que les juifs étaient présents sur tout le territoire.

Malgré l’absence d’une quelconque preuve historique, certains n’hésitent pas à faire remonter la présence juive au dixième siècle avant notre ère. Des marins de la flotte de Salomon s’y seraient installés.

Plus vraisemblable, même si également dans ce cas aussi, il n’y a aucune preuve historique irréfutable, l’arrivée des juifs au septième siècle avant notre ère sur l’île de Djerba. L’histoire la plus répandue  rapporte que des Cohanim, des prêtres quittèrent Jérusalem en flammes à la suite de la destruction du premier Temple, le Temple de Salomon, par Nabuchodonosor, avec une porte et des pierres du  bâtiment. Ils prirent la mer et finirent par arriver dans cette île étrange, « la Ghriba ». Une fois sur terre, ils construisirent une synagogue avec ces vestiges du Temple. La Ghriba.

En 41, de nombreux juifs romains expulsés de Rome par Claude, se réfugient à Carthage. C’est le début d’une communauté qui va s’accroître surtout après la destruction du second Temple.

A l’indépendance de la Tunisie, en 1956, la population juive comptait 100 000 personnes. Aujourd’hui, il y a moins de 1 000 juifs. On découvre les cimetières de Nabeul, du Borgel, dans la banlieue de Tunis. Au cimetière du Borgel, se trouvent la tombe de la très célèbre chanteuse Hbiba Msika, et celle du boxeur Young Perez, mort à Auschwitz. Cela permet de se souvenir qu’en Tunisie les décrets Laval y ont été appliqués. Mon père, alors instituteur   à   Tabarka   a   alors   tout   perdu.   De  même   durant   les   six   mois   de l’occupation   nazie,   de   décembre   1942   à   mai   1943,   dans  l’attente   de   la construction sur place des installations d’un camp de la mort, des juifs ont été déportés, et près de deux cents juifs sont morts dans les camps. En six mois, les Allemands ont également mis en place le service obligatoire (mon père avait réussi à s’échapper  en se blessant volontairement un de ses doigts), rançonné collectivement   la   communauté   (à plusieurs reprises, ma mère m’a raconté comment son père avait été sollicité par le conseil de la communauté pour donner une TSF ou de l’argenterie)...

Un détour par la Goulette permet de découvrir le foyer des personnes âgées admirablement bien tenu par M. Albert Chiche, et où ma dernière tante a vécu jusqu’à  son  décès à 94 ans. Mais c’est également la découverte de l’hôtel-restaurant de mama Lilly,  Mme. Lellouche, et de son fils Gilles Jacob qui présente son petit musée de cette présence juive en Tunisie.

Le départ des Juifs de Tunisie est-il la conséquence de la décolonisation ou de la virulence du conflit israélo-arabe.

Même si le départ a démarré  avec l’accession à  l’indépendance,  la présence juive, vielle de 26 siècles n’a aucun rapport avec la colonisation. Par ailleurs, les Juifs ont accepté, sans jamais se révolter, leur statut de dhimmi : habillement particulier,   imposition   spécifique,   interdiction   de   se   déplacer   à   cheval,

interdiction   d’empiéter   sur   les   domaines   propres   à   la   foi   musulmane…En racontant l’histoire de Batou Sfez, André Nahum décrit la situation des Juifs, inférieure,   incertaine   en   cette   terre d’Islam, le   rôle   de   l’Alliance   israélite universelle   pour   l’émancipation. Lucette Valensi explique l’évolution   de   ce statut avec le Pacte fondamental de 1857 et l’émancipation entrainé notamment par l’usage de la langue française. Dans un rétrospectif historique, le documentaire est d’une criante vérité. Il ne cache rien. Il explique l’adhésion des populations arabes aux nazis durant les six

mois de l’occupation, mais l’opposition du Moncef Bey aux lois raciales qu’il est obligé de signer, et celle de Bourguiba pourtant libéré de prison pour soutenir les   Nazis.   Puis,   le   film   explicite   la   déception  vis-à-vis   de   la   France   et   sa politique   de   collaboration,   l’adhésion   au   sionisme   et   aux  mouvements d’indépendance nationale…Tout y est admirablement bien présenté, y compris la tendance du nationalisme arabe à vouloir faire partir les infidèles des terres arabes libérées du joug colonial. A cet égard, les témoignages de Guy Sitbon et Sophie Bessis sont exceptionnels.

 

Puis   vient   le   temps   de   l’autonomie,   accordée   le   31   juillet   1954   par   Pierre Mendes-France (faisant partie du comité d’accueil du Président du conseil, mon père rate ma naissance), et de l’indépendance. Les débuts sont positifs pour les Juifs,   au   point   que   certains   parlent   d’état de grâce,   mais   l’ambiguïté bourguibienne   au   regard   du   sujet   d’une   société   plurielle   va  finir par  se confronter à la réalité. La volonté non explicitée mais réelle de prendre la place des Juifs  va  créer un  mouvement de  départ  accentué par  les  événements de Bizerte et la Guerre des six jours.

Très   beau   film  à   voir   absolument.  Avec   de   belles   images,   des   témoignages émouvants, des commentaires   historiques   et   sociologiques,   ce   documentaire permet   de  découvrir une  communauté   juive   vielle   de   plus   de   2 600   ans aujourd’hui   réduite   à   des  vestiges,   des  souvenirs,   une   cuisine   traditionnelle vulgarisée   par   les   restaurateurs   et   traiteurs,  des   coutumes   spécifiques...une nostalgie d’un eldorado perdu…


Dov ZERAH

Né à Tunis

Le 2 Novembre 2016

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