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COMMENT CONJUGUER SÉCURITÉ ET DÉVELOPPEMENT EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE ?

Lun. 05 juin 2017

En écho au communiqué de l'UA concernant la sécurité des Etats membres du G5 et de la communication de l'Agence au sujet du monde agricole, en particulier la paysannerie, il est utile de rappeler certains paradoxes et souligner les espérances du monde agricole, de la jeunesse africaine plus particulièrement.


L'agriculture, l'élevage et la pêche en Afrique, à l'instar de l'éducation, la part consacrée par les bailleurs et les pouvoirs publics demeure encore trop faible pour faire face aux défis de l'autonomie alimentaire en général et aux enjeux de la sécurité en particulier, Madagascar n'y échappe pas.


Pourtant, hors les grandes exploitations financiarisées destinées essentiellement à l'exportation des pays émergents et investisseurs pour leur sécurité propre impactant résiduellement l'économie locale, l'agriculture rurale et périurbaine est rentable, pourvoyeuse d'HIMO garantissant des revenus, certes modestes, mais durables.


C'est le ciment même de la stabilisation de l'exode rural, de l'employabilité de la jeunesse et des gages de paix sociale qui sont en jeu d'ici 2050.


Où que l'on se trouve dans l'espace subsaharien, les infrastructures ne sont véritablement praticables à partir de la fin de saison des pluies qui limitent l'accès aux terres arables, bloquent le processus d’évacuation-transformation-stockage des récoltes et des productions. En outre, on constate un vieillissement inéluctable de la population paysanne à cause de la migration des jeunes davantage attirés vers les concentrations urbaines où la jeunesse est sensible au développement numérique et l'assurance, souvent illusoire, d'un avenir meilleur.


Pour atteindre ces objectifs ambitieux de la sécurisation et l'autonomie alimentaires, les autorités politiques, les bailleurs institutionnels et les investisseurs privés disposent de leviers pour engager une série d'actions en faveur de la promotion, de l'accompagnement et du développement de l'agriculture familiale et vivrière pour répondre aux besoins urbains sans cesse croissants, au nombre desquels : la modernisation de l'appareil productif et la diversification culturale dont l'agroforesterie et l'agroécologie ; le développement de nouvelles variétés céréalières et légumières adaptées aux contraintes climatiques changeantes et aux particularismes des aires de production ; la mise en place de mécanismes de gestion-régulation-sécurisation des ressources foncières et hydriques ; la mécanisation raisonnée des travaux agricoles afin de réduire la pénibilité et d'éradiquer la misère dans les zones rurales reculées ; l'instauration de dispositifs visant à assurer un lissage des prix à la production indispensables pour contenir les fortes variations des cours, en particulier pendant les périodes de soudure et de sécheresse propices à la spéculation ; la commercialisation des productions et les transformations agricoles ne sont possibles que grâce à la réduction des coût de facteurs, énergétique notamment ; l'effectivité et la sécurisation des infrastructures ; la disponibilité de ressources bancaires et solidaires longues à meilleur taux ; la protection sociale a minima indispensable au présentéisme et disponibilité des travailleurs ;  l'apprentissage des jeunes et la formation professionnelle des aînés en adéquation aux exigences et impératifs du marché ; l'assouplissement des contraintes administratives et fiscales dont le harcèlement et le racket sont des fléaux alors que se développent les zones de libre-échange des biens et des personnes.


Ces objectifs sont atteignables. Il suffit de s'appuyer sur les retours d'expériences réussies, de faire preuve d'imagination/créativité sur la base des témoignages dont les responsables politiques et les PTF négligent souvent l'importance et la pertinence. Le coût de l'attentisme, voire du désintérêt, se révèle considérable au final, en particulier dans les pays fragilisés, les régions instables et les zones de tensions et de conflits transfrontaliers.


Le développement agricole en zones rurales et urbaines ne peut se concevoir qu'en s'appuyant sur le schéma suivant : des infrastructures de qualité et suffisantes ; la sécurisation des zones concernées ; la facilitation de l'évacuation et la transformation et le stockage des productions ; l'inclusivité socio-économique de tous les acteurs de la filière.


L'annonce d'une aide additionnelle substantielle par le président Macron à Bamako (estimée à 430 M€) n'aura de sens et d'efficience dès lors qu'elle est rapidement disponible et assortie d'un soutien fort aux exécutifs impliqués dans le renforcement de la décentralisation et de la déconcentration des services de l'Etat garant de l'intégrité et de la continuité territoriales ; aux réponses adaptées aux revendications et propositions relayées par les associations et les organisations professionnelles ; des décisions centrales prises en concertation en amont avec les responsables de la société civile témoins directs de la réalité traditionnelle et de la prégnance grandissante du fait religieux des terroirs.


De même, les compétences locales sont fréquemment court-circuitées au profit d'experts internationaux, certes à même de répondre aux appels d'offres alors qu'ils méconnaissent la réalité du terrain. D'où la nécessité d'instaurer à tous les niveaux la participation collaborative.


Le challenge qui est proposé est de basculer de l'aide curative à l'action préventive en faveur de la jeunesse déscolarisée et désœuvrée (près de 250 millions de jeunes en capacité de travailler seront sur le marché de l'emploi d'ici 2050). Ils sont et seront des proies faciles pour les réseaux de trafics et les groupes terroristes si n'est rien fait en ce sens.


Un autre dilemme attend les PTF du développement à savoir, comment réguler les dépenses sécuritaires et militaires -en particulier celles des ONG internationales pour ses interventions propres- en cohérence avec les budgets alloués au développement ?

 

On l'a vu avec les faibles performances des OMD constatées à fin 2015 qui pourraient se proroger d'ici 2030 avec les 17 objectifs repris dans les ODD si les acteurs concernés s'enferraient dans cette impasse. En effet, les pays visés -avec la participation des PTF- doivent impérativement parvenir à l'éradication de la pauvreté, la protection de la planète et la garantie de la prospérité pour tous dans le cadre du nouvel agenda de développement durable et inclusif pour les quinze années à venir, c'est-à-dire demain.


La non atteinte des objectifs et les performances économiques mitigées de cette dernière décennie démontrent s'il en est que la sécurité va nécessairement de pair avec la bonne gouvernance et l'accès aux infrastructures de base pour tous.


Passer de la verticalité à l'horizontalité de la définition et la mise en œuvre des politiques publiques est un exploit comparable au passage d'un chameau dans le chas d'une aiguille.


Ne pas se réformer, ni innover, c’est élargir à coup sûr la trappe de la conflictualité.

 

D. Joannes


Sources: 


Le Président de la Commission de l’Union africaine entame une tournée de la région du Sahel en appui à l’accord de sécurité du G5 Sahel


Microfinance : pour une supervision plus pragmatique et fondée sur les risques


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