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DANS LA GRANDE ÎLE, COMMENT CONJUGUER QUALITÉ, SÉCURITÉ ET TRANSPARENCE DE LA FILIÈRE VANILLE

Jeu. 15 juin 2017

L’or noir de Madagascar n’est plus l’apanage exclusif des producteurs et des opérateurs locaux désormais pris en tenaille entre insécurité et spéculation.

        

La campagne qui démarre dans les provinces du DIANA (région Nord : Nosy Be, Sambirano, Ambanja) et de la SAVA (région Nord-Est : Sambava, Antalaha, Vohemar, Andapa) sont l’objet de convoitises affectant la collecte et la transformation de la gousse verte de vanille, la commercialisation du produit fini.

 

Des bandes armées organisées perturbent, voire mettent en coupe réglée, cette filière prometteuse qui pèse significativement en termes économiques et sociaux et ce, dans un contexte mondial fortement concurrentiel tant en termes quantitatifs que qualitatifs en provenance de pays producteurs tels que La Réunion, les Comores, le Mexique, l’Ouganda, l’Inde, l’Indonésie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Tahiti.

 

D’après les rapports officiels malgaches, les actes délictueux vont du vol des gousses sur pied au détournement des chargements du lieu de production aux sites de transformation et de stockage, jusqu’aux opération d’exportation. Face à la recrudescence des actions criminelles et violentes, les pouvoirs publics sont impuissants à juguler cette recrudescence d’une ampleur inhabituelle à l’instar d’autres filières bovine (zébu) et forestière (bois de rose) également touchées par ce fléau et son corollaire sanguinaire.

 

Le volume moyen des prises de gousses vertes, constatées lors des opérations militaires et policières, s’élève entre 300 et 400 kg par prise qui sont à comparer avec la production annuelle de produits finis estimée à 2 500 tonnes  exportées (campagne 2015), rapportant près de 118 millions $. Ces vols et ces détournements sont autant de manque à gagner pour les producteurs et les sous-traitants que les rentrées fiscales.

 

Dans ce contexte difficile, entre 2012 et 2013, la production a baissé à Madagascar à cause d’un champignon, le fusarium, qui a ravagé de nombreuses exploitations. Depuis 2014, la situation phytosanitaire est satisfaisante.

 

En raison des contraintes techniques et phytosanitaires, une quinzaine de jours est requis entre la cueillette et l’ébouillantage de la gousse verte. C’est au cours de cette période intermédiaire que les producteurs et transformateurs de vanille sont les plus vulnérables. Certains d’entre eux sont menacés et ne doivent leur salut, soit en renonçant à poursuivre en justice les voleurs et les racketteurs, soit en versant une rançon pour récupérer leurs cargaisons.

 

Le contexte haussier les cours mondiaux sont estimés à 500 $ le kilo de gousses noires, soit une augmentation d’environ 10 % par rapport à la campagne 2016, est propre à  exacerber les convoitises de toute sorte.

 

A la dangerosité de la situation et de la demande internationale croissante s’ajoutent les contraintes inhérentes à la filière régulièrement exposée aux caprices climatiques, les cyclones notamment. Ce ne sont pas moins de six kilos de gousses vertes récoltées à bonne date qui seront ébouillantées pour obtenir un kilo de vanille.

 

Par delà les conséquences quantitatives, ce sont la qualité bio et la labellisation de la filière, marques de fabrique ‘Vita gasy’ (production malgache), qui sont ainsi gravement exposées.

 

Depuis quatre ans, le prix de la vanille s’est multiplié par quatre. Cette hausse des prix résulte de l’augmentation de la demande mondiale en raison de la hausse de la consommation de vanille naturelle, dont les Chinois sont les principaux importateurs et transformateurs suivant les Etats-Unis.


Pendant la courte période de 2010 à 2012, la baisse continuelle du prix d’achat de la vanille aux vaniliculteurs a contraint les autres pays producteurs à privilégier d’autres cultures plus rentables. Un effet d’aubaine qui a profité à leurs concurrents malgaches.

 

La filière exige une importante main d'œuvre disponible et qualifiée. Le faible niveau des salaires à Madagascar (1,5 $/jour) déséquilibre la compétition pour les autres pays producteurs quand les prix d’achat aux producteurs n’excèdent pas 20 $ le kilo.

Des pays nouvellement producteurs comme l’Inde et l’Indonésie, ont pris des initiatives pour relancer la production de vanille de façon durable et compétitive. Cependant, les exploitants agricoles doivent attendre trois ans, pour une récolte a minima, et quatre ans pour une récolte optimale.

 

Le bilan des campagnes vanillières de 2017 et 2018 dira si les autorités malgaches, en concertation avec tous les acteurs de la filière, auront été en mesure d’inverser la tendance. Un impératif incontournable pour le premier pays producteur mondial de vanille s’il veut rassurer durablement les traders et industriels dont la vanille est devenu un ingrédient majeur de l'industrie agro-alimentaire mondialisée.

 

A l’évidence, le président malgache, Hery Rajaonarimampianina, conscient des enjeux de la filière à moins de deux ans des prochaines élections générales (présidentielle et législative) tente de rassurer la population et de sécuriser les producteurs des régions productrices, et multiplie ses déplacements à l’étranger pour promouvoir les potentialités de son pays, en particulier la vanille.

 

Une situation préoccupante qui écorne un peu plus l’image et la réputation du pays qui sort douloureusement d’une longue crise politique et institutionnelle qui l’a pénalisé et isolé de 2009 à 2013.

 

De l’avis des professionnels locaux et des experts internationaux, c’est un pari immense tant le défi à relever est considérable dans un contexte de mal gouvernance chronique conjugué aux incertitudes politiques et économiques nationales.

                                                                                                         

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