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FIN D’UN SYSTEME EN AFRIQUE DU SUD

Lun. 14 mai 2018

Fin novembre, après trente-sept ans de règne sans partage à la tête du Zimbabwe, Robert Mugabe, 93 ans, a fini par démissionner.

 

Le 14 février, le Président du grand voisin du Sud, l’Afrique du Sud, M. Jacob Zuma a lui aussi été obligé de se retirer ; il y a été acculé après neuf ans de règne marqués par le népotisme, la corruption et la dégradation de la situation économique et financière du pays.

 

Il a cherché par tous les moyens à se maintenir au pouvoir, notamment en essayant d’imposer son ex-épouse, Mme Nkosazama Dlamini-Zuma à la tête de l’African national congress (ANC), le Congrès national africain, le parti au pouvoir depuis la fin de l’apartheid. Elle a été battue par M. Cyril Ramaphosa qui a orchestré le complot contre le 4ème président sud-africain. Cet ex-syndicaliste devenu millionnaire a emporté l’adhésion de 52 % des 4 800 votants et a pris la succession à la tête de l’Afrique du Sud. L’avenir d’un grand pays comme l’Afrique du Sud s’est décidé à une centaine de voix de différence !

 

Avec une d'une superficie de 1 219 602 km2 et une population de près de 60 millions d’habitants, l’Afrique du sud est un pays riche, immensément riche. Deuxième producteur mondial d’or, il assure les trois quarts de la production mondiale de platine…mais c’est également un grand producteur de charbon, de cuivre, de diamants, de nickel, d’uranium…

 

L’Afrique du Sud est la deuxième économie la plus importante d'Afrique après le Nigeria. Avec un PIB de près de 300 Md€, l’Afrique du Sud représente le quart du PIB de l’ensemble du continent.

 

Malgré de nombreuses fragilités, et notamment une dépendance disproportionnée vis-à-vis de l’industrie minière et de la finance, les deux décennies des années quatre-vingt-dix et deux mille à 5 % de croissance annuelle ont permis à l’Afrique du Sud d’être un maillon important de la chaîne de valeur minière mondiale, un fournisseur mondial de composants automobiles (sièges et pots catalytiques), un acteur régional majeur pour le commerce de détail…Elle a réussi à développer des entreprises panafricaines dans les secteurs bancaire et financier…et à devenir un pays émergent ! Cela explique le S de l’acronyme BRICS pour caractériser le groupe des pays Brasil, Russia, India China et S pour South Africa.

 

Bien que disposant avec ESKOM, d’un électricien de stature internationale, l’Afrique du Sud doit faire face à deux problèmes : une capacité de production insuffisante, ce qui entraine des délestages réguliers dans les grandes villes, et une dépendance trop forte à l’égard du charbon, ce qui crée de gros problèmes environnementaux.

 

Mais depuis 2009, la croissance sud-africaine est en retrait par rapport à celle des années quatre-vingt-dix et deux mille.

 

Les causes du ralentissement économique sont nombreuses :

-         L’affaiblissement du cadre institutionnel notamment à cause des nombreuses péripéties juridico-politiques

-         Les tensions sociales, les grèves, les morts d’ouvriers

-         La mauvaise gouvernance des entreprises publiques

-         Les goulots d’étranglement dus aux insuffisances ou manques d’infrastructures dans tous les domaines, ports, transports urbains et interurbains, gestion des déchets tant solides que liquides…, et plus particulièrement les carences de la production d’électricité

-         La corruption généralisée et le clientélisme

 

Au-delà de ces problèmes spécifiques, les indicateurs macroéconomiques sont passés au rouge.

 

Plus grave, le modèle de développement du pays a atteint ses limites. A force d’oublier l’intérêt général, la décennie Zuma constitue dix années perdus. Tous les dirigeants africains et plus généralement tous ceux de par le monde devraient méditer ces fins de pouvoir de Robert Mugabe et Jacob Zuma pour penser un peu plus au bonheur de leurs peuples.

 

Après un quart de siècle depuis les premières élections libres de 1994, la machine s’est grippée, le système ANC s’est essoufflé. Le parti dominant essaie de sauver le système en sacrifiant Jacob Zuma.

 

C’est le pacte social post apartheid qui est de plus en plus contesté. La persistance du chômage, l’accentuation des inégalités sociales, la généralisation de la pauvreté suscitent une contestation profonde qui se manifeste régulièrement avec des mouvements de grève.

 

Il est loin le temps de Nelson Mandela et des rêves suscités par la fin de l’apartheid et la prise de pouvoir par la majorité. Le système ne pourra perdurer sans de profondes et radicales réformes. Il faut espérer que les responsables ne cèdent pas à la solution démagogique de la facilité en s’en prenant aux Blancs et aux propriétaires, comme, en son temps, le Zimbabwe et bien d’autres pays.

 

A défaut, nous aurons assisté à une révolution de palais.

 

Dov ZERAH

7 mai 2018


 

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