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LE CACAO, UNE FÊVE DE TOUTES LES DISCORDES

Jeu. 11 mai 2017

Le nouveau siège mondial de l'Organisation internationale du cacao (ICCO) est désormais établi à Abidjan, et vient ainsi concrétiser le grand rêve du président Houphouët Boigny qui, aux beaux jours de la Caisse de stabilisation et des cours haussiers du cacao, songeait à la création d’une plate-forme sur le modèle semblable à l’OPEP à Vienne pour le pétrole, et de la bourse de Singapour pour le caoutchouc.

 

Cette installation vient couronner les efforts des autorités ivoiriennes d’accueillir le siège de l’organisation mondiale de Londres vers la capitale économique de leur pays, premier producteur de cacao de la planète. Cependant, ce transfert intervient dans une conjoncture défavorable. En effet, depuis plus d’un semestre les prix mondiaux du cacao ont chuté de 30 %.

 

Une filière qui contribue à hauteur de 15 % du PIB ivoirien et représente 43 % des exportations totales du pays. Ce ne sont pas moins de six millions de producteurs et leurs familles qui en dépendent.

 

La Côte d’Ivoire et le Ghana concentrent, à eux seuls, 60 % de la production mondiale des fèves de cacao. Les modèles de production et d’exportation ivoirien et ghanéen se ressemblent mais sans réelle organisation formelle. Une entente tacite informelle existait qui n'a pas permis à ces deux pays producteurs d'être moins dépendants des fluctuations des cours mondiaux.

 

La Côte d’Ivoire est non seulement le leader mondial de la filière cacaoyère, avec une part de 35 % avec un taux de transformation atteignant 30 %, est aussi le premier producteur d’anacarde (noix de cajou) devant l’Inde et troisième producteur africain de coton.

 

Depuis les années 2000, cette matière première stratégique est devenue la valeur refuge des fonds spéculatifs qui investissent massivement dans le domaine des agro-industries, ainsi quelques marchés de niche. Cela a maintenu le cours du cacao très haut durant cette dernière décennie. Or, depuis deux ans, à l’inverse du café, le cacao souffre d'une offre trop abondante par rapport à une demande baissière. Aujourd’hui, il y a pléthore de matières premières comme le café, l’anacarde, le coton, dont la demande reste soutenue, si bien que les fonds spéculatifs se désengagent de la filière cacaoyère.

 

En 2014, une étude démontrait que 30 % des transactions sur le cacao résultaient de prises de positions des fonds d’investissements et non des achats des professionnels du secteur. Cette logique spéculative pénalise lourdement les deux principaux pays producteurs africains. Les cours du cacao sont tombés au mois mars 2017 à 1 533 £ la tonne sur le marché londonien, le plus bas depuis trois ans, et à 2 015 $ (environ 1 560 £) la tonne sur la place new-yorkaise, le plus bas depuis dix ans.

 

Pour ne pas engorger les entrepôts, le Conseil du Café-Cacao (CCC) a dû se résoudre à baisser considérablement le prix au producteur à la récolte intermédiaire à 1,14 € le kilo         de fèves (environ 962 € la tonne), c’est la plus basse rémunération depuis la réforme du système de régulation. En effet, la réforme du CCC, engagée en 2012, visait à protéger les producteurs des fluctuations des cours mondiaux du cacao pour toute la campagne en limitant les risques. En cédant par anticipation des droits d’exportation sur 80% de la dernière récolte, le système a provoqué la plus basse rémunération aux producteurs depuis ces cinq dernières années suivant la réforme de la CCC.

 

Or, la dernière campagne a été excédentaire par rapport aux années précédentes, et face à la crise ce ne sont pas moins de 400 000 tonnes de fèves qui sont en souffrance lesquelles pourraient alimenter le mécontentement des petits producteurs, voire dégénérer en conflit social, si les stocks excédentaires ne trouvaient pas preneur et à des cours qui satisfont l’ensemble des acteurs de la filière.

 

Face à l’ampleur de la crise inédite, les autorités ivoiriennes ont annoncé prendre des mesures urgentes au nombre desquelles : le paiement d’une partie de la production aux cacaoculteurs et diligenter un audit du Conseil du Café-Cacao. Dans l’intervalle, le fonds de réserve du Conseil, estimé à 183 millions €, sera sollicité pour satisfaire les exportateurs qui ont fait l’avance aux producteurs, et ainsi rassurer le marché.

 

Autre décision prise, le 1er mai, par le président de la République ivoirien vise à réduire de 5 % le budget des ministères. La crise cacaoyère provoquera immanquablement le report du lancement de certains projets prévus en 2017.

 

Abidjan, capitale économique, héberge aussi deux organisations régionale et internationale : la bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), une institution financière spécialisée créée le 18 décembre 1996 ; la Banque africaine de développement, une institution financière multinationale de développement, instituée le 10 septembre 1964, dont les activités avaient été délocalisées temporairement à Tunis, de septembre 2003 à septembre 2014, à la suite du déclenchement des troubles générés par le coup d'Etat manqué de septembre 2002.

 

Cette crise, si elle n’est pas contenue, à défaut d’être résolue, impactera lourdement une balance commerciale traditionnellement excédentaire, même si d’avant la crise du cacao ce solde avantageux a tendance à se réduire.

 

 D. Joannes

 

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